LES BANLIEUES DE L'ART CONTEMPORAIN

 

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L'art des chemins vicinaux

Les Rencontres nationales des associations et collectifs d’artistes plasticiens autour du thème : “Les régions de l’art contemporain” qui se sont tenues à Toulouse en 2006 ont été un moment important pour les artistes plasticiens en France.

En effet, ces rencontres ont mis en exergue, pour la première fois officiellement, l’existence d’une communauté d’artistes nombreux et solidaires, prenant en charge, à travers le regroupement de leurs associations et groupes au sein de la FRAAP (fédération des réseaux et association d’artistes plasticiens), les problèmes inhérents à la professionnalisation des artistes plasticiens sur l’ensemble du territoire national.

Jusque là, en France, les Régions et Départements ont mené des politiques culturelles minorant l’existence des artistes plasticiens vivant et travaillant sur leurs territoires. Et pour cause, ces artistes isolés dans leurs singularités artistiques ne s’étaient jamais manifestés collectivement en région. De fait, en dehors de quelques artistes cooptés en raison de leur allégeance au réseau de l’art contemporain international, jusque là peu d’artistes ont été invités à participer aux comités de décisions chargés d’administrer leur activité professionnelle dans les Régions (DRAC et FRAC).

Un très grand nombre d’entre eux, pourtant inscrit à la maison des artistes (Sécurité sociale des artistes plasticiens, rue de Flandre), ont été écartés au prétexte que leur genre artistique ne convenait pas aux “spécialistes” en charge de ces administrations ou “qu’on ne peut être juge et parti”. Comme si les artistes n’étaient pas les premiers spécialistes de leurs pratiques. Ce fut une injustice dont on a pas fini de mesurer les conséquences.

Une grande précarité économique, culturelle et artistique demeure, que ces politiques d’exclusions conjointes entre marché de l’art international et institutions publiques n’ont pu qu’aggraver. Force est de constater que la création française est peu présente aujourd’hui dans les grands musées, institutions et galeries internationales (lire le rapport Quemin : “L’art international : entre les institutions et le marché", Alain Quemin - Editions Jacqueline Chambon Artprice).

Les politiques culturelles en Région et tout particulièrement en Aquitaine (CAPC), ont englouti dans les années 80 à 90, des budgets pharaoniques destinés à promouvoir les artistes cooptés au sein du réseau du marché de l’art international.

“Un marché régional administré” se met en place dans les années 80 ("Le métier d’artiste", Françoise Liot - eds L’harmattan) mais les oeuvres des artistes cooptés au sein de ce projet sont peu attractives pour la clientèle privée des amateurs d’art. Le résultat escompté par cette politique menée par le ministère de la Culture était de créer par ce “soutien aux artistes” les conditions d’un nouveau marché pour l’art. Cette politique volontariste consistait à former au goût du marché de l’art international une nouvelle clientèle. Mais ce procédé, probablement trop artificiel, ne tenant pas compte des réalités de l’univers culturel de proximité a échoué.

D’autre part, le marché de l’art international restera hermétique aux productions portées par ce projet. Peu rentable au sein du marché national, les productions des artistes formés en écoles des beaux-arts ou disposant d’un cursus universitaire, n’ont pu s’avérer attractives dans le cadre d’un marché international dont les performances commerciales sont la valeur de référence.

Les oeuvres picturales font de la résistance

Par ailleurs, sur le plan de la forme artistique, cette génération allait, nous disait-on, renouveler dans ces années (80-90) les pratiques artistiques désuètes (peinture, sculpture). C’était en tous cas le but des écoles d’art et des formations universitaires de renouveler des pratiques jugées dépassées par les spécialistes de l’art international en France. Mais force est aujourd’hui de constater que, 16 ans plus tard (enquête FRAAP en 2006), la pratique picturale reste majoritaire au sein de la population des jeunes artistes. Il semblerait même que les pratiques artistiques les plus rebelles (tags, graffs) ou les plus dynamiques en matière commerciale (univers de la glisse www.beat13.co.uk) développent de plus en plus assidûment, tout en les renouvelant, les pratiques picturales longtemps bannies par les autorités institutionnelles qui favorisaient la posture avant-gardiste au détriment de tout autre pratique artistique.

La région, territoire inadapté au marché

Dans nos départements (Landes, Gironde et Pyrénées Atlantiques) les ateliers d’artiste dispersés sur un vaste territoire géographique, les lieux d’expositions consacrés aux artistes de proximité mal adaptés à l’art actuel (salles polyvalentes aux volumes et à l’éclairage approximatif), les politiques culturelles manquant de budget pour la création de proximité, sont des écueils à la professionnalisation des artistes en région. Alors que progresse régulièrement, depuis 1980, la curiosité du public pour ces artistes, le marché de l’art en région demeure, aujourd’hui encore, pratiquement inexistant. En Aquitaine quels sont en 2006 les relais de l’information de diffusion et de vente ?

L’information artistique

L’information passe par un monopole de presse. Ce quotidien régional n’a pas de rédaction spécialisée consacrée à l’art. Pire, sur le plan local, le seul quotidien régional entretient la confusion entre pratiques amateurs et professionnelles. Le même problème concerne les autres médias (radio, télévision).

La diffusion des productions

Parmi les rares lieux institutionnels en mesure d’accueillir des productions d’artistes vivant et travaillant dans la région, très peu disposent de relais relationnels internationaux ou même interrégionaux. Peu de ces lieux institutionnels (musées municipaux, centres d’art) sont capables de promouvoir des échanges d’expositions au sein de réseaux internationaux ou même interrégionaux. Seuls pourtant des projets validés au delà d'une ville ou d'un département, pourraient rendre crédibles, sur le plan national, les oeuvres des artistes exposés.

Le commerce de l’art

Sur le plan du commerce le problème est le même : il n'existe que peu ou pas de galeries avec des pratiques commerciales en réseaux adaptées au marché de l’art actuel. La possibilité pour ces artistes d'être cooptés par le marché de l'art international relève du hasard des rencontres avec un des acteurs influents sur ce marché.

Pourquoi des individus continuent-ils à offrir leurs productions sur le marché alors que ce dernier ne leur délivre que des signaux négatifs quand à la qualité de leur production ?” s’ interroge Nathalie Moureau dans "Le marché de l’art contemporain" (Editions La Découverte). "Adam Smith (1776)", précise-t-elle, “assimilait l’entrée dans les professions artistiques à un jeu de loterie.”

La création de comités d’évaluation, dans de nombreux départements, a pour objectif de tenter de répondre à un problème social au moyen de critères artistiques :
- Qui parmi les artistes “bénéficiaires du RMI” est un artiste ?
- Faut-il que nos élus s'évertuent à se poser ce genre de questions ?
- Le problème du mérite artistique est-il une question liée au RMI ?
Alors que la question des moyens professionnels n’est jamais abordée, alors que seule la scène du marché de l’art international scelle le sort des carrières artistiques avec le soutien appuyé des institutions publiques qui les subventionnent !

Rappel d’histoire :

Marcel Duchamp, après avoir été refusé dans un salon pour une de ses peintures, expose son célèbre urinoir baptisé fontaine. Il pose ainsi la condition de la validité d’une oeuvre. En présentant un urinoir dans un lieu consacré à l’art, il signifie, non sans ironie, que seul le lieu et les circonstances d’exposition indiquent qu'un objet à la qualité d'œuvre d'art.

Que dire dès lors de tous ces endroits d’expositions inappropriés qui concourent à discréditer les artistes dans leur région, dans leur département ?

Des artistes isolés parviennent toutefois à imposer leurs productions auprès du public, parmi eux certains ont choisi internet pour construire leurs propres réseaux, au travers des collectifs ou des activités de groupe :
www.leszhc.com
www.surfing-visual-arts.com
www.lacroiseedeschemins.org

à titre personnel :
www.jcdutertre.com
www.olivier-deck.com
www.martinepinsolle.com
www.artmargo.com
www.patricyan.com
www.jacquotte.com
www.i-mhotep.fr/chantalsore/

D'autres bénéficient des services d’une ou plusieurs galeries à Paris comme Lydie Arikx “Idée d’artiste”, “Pierre Marie Vitoux”. D’autres ont patiemment aménagé un tissu relationnel qu’ils entretiennent
- en organisant des expositions dans le cadre des activités de leurs associations ( “Malfétart”, “Les heureux créateurs” )
- ou bénéficient de manifestations ponctuelles liées à l’univers de la glisse et financées par des entreprises privées ( “Roxy Art” , “The Guest”)
- ou exposent dans le cadre d’opérations de communication en entreprise (Groupe Cancé) leur permettant de conforter ou de construire leur visibilité.

Cependant le principal inconvénient de ces actions de promotion et de diffusion isolées est leur dispersion. Ce démantèlement du paysage culturel est peu propice à toutes ces activités séparées. Elles ne peuvent être représentatives de Région ou de Département valorisant leur patrimoine contemporain. Elles ne sont significatives que par le degré de leur singularité.

L’énergie déployée par ces artistes, ces associations et collectifs d’artistes en région manque d’une coordination capable de les relier entre eux au sein d’un même paysage culturel qui pourrait marquer leur identité et ainsi témoigner de la réalité de leur rayonnement. Au contraire, cette dispersion empêche de faire une lecture d’ensemble des activités de ces artistes et associations et de développer les conditions d’un marché de l’art stable fondé sur la cohérence des choix.

D’autres ont choisi comme moyen pour se rendre visibles d’investir les murs des villes (les tags du B.A.B). Mais parmi tous ces artistes (plus de 80 artistes au RMI sur le seul département des Landes) une minorité a la possibilité de dégager des revenus de façon régulière.

Peu d’entre eux ont les moyens de présenter leur production dans un cadre professionnel (galeries d’art ou lieux d’expositions) disposant de moyens de diffusion et de promotion pouvant aider à développer leur carrière artistique.

L’art des chemin vicinaux, loin d’être bucolique, est souvent celui des “vaches maigres” et de “la soupe à la grimace”.

Les rencontres nationales de la FRAAP à Toulouse, les 26 et 27 mai 2006 chez Mix’Art Myrys, avaient pour thème général, Les Régions de l’Art Contemporain. "Ces rencontres nationales ont eu pour ambition de permettre à tous ceux qui s’impliquent dans le monde des arts plastiques de se rencontrer et d’engager une réflexion nouvelle sur la politique des arts plastiques dans le cadre des collectivités territoriales.”

C’est ainsi que les collectifs d’artistes, au delà de la diversité des démarches artistiques, sont capables aujourd’hui d’inventer la république de l’art.

C’est dans ce sens que nous avons appelé le site d’Art médiation “Le souk républicain”.

Le souk qui est, comme chacun sait, un marché réunissant boutiques et ateliers divers dans un lieu ou règne, désordre, bruit, et saveurs multiples, évoque dans notre esprit un univers de proximité propice aux échanges dans la bonne humeur. Alors que le mot républicain souligne la volonté de respecter la liberté des genres et de la diversité des points de vues.

Le souk républicain a donc pour vocation naturelle d’être un moyen de rencontre. Cet outil n’est pas une fin en soi, il implique la volonté de chacun d'entre vous (artistes et amateurs d'art) de participer.

Merci donc à tous de bien vouloir contribuer à la vie du “souk républicain" en nous adressant vos informations et vos observations et en tissant, par le biais de vos propres sites, des liens avec nous.

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