L'Art de La Rue
Le phénomène du graffiti, autrefois réservé aux latrines publiques où les populations inscrivaient quolibets, fantasmes et rendez-vous galants, a eu une extension aussi inattendue qu'importante sur les murs de nos villes au siècle dernier.
Pour marquer le plus efficacement possible, de leur sceau, leurs territoires, les gangs créent le tag. Sous une forme concise, ils inscrivent vite et efficacement les signes de leur appartenance à un groupe donné, à un espace de vie sur les murs des grandes métropoles. Un nouveau langage pour initiés surgit , sorte de hiéroglyphes des époques "contemporaines". Langage calligraphique dépourvu à l'origine de la moindre intention artistique, son objet consiste bien à indiquer la marque du clan et la limite de son territoire.
Cependant son manque de lisibilité entraîne une surenchère esthétique. On voit peu à peu se développer un mode d'expression onirique qui "affiche" dans les rues des villes des images associées à la calligraphie initiale. Dit "graf", emprunté aux techniques de publicité, il couvre les murs, les wagons de chemin de fer... Ce mode d'expression permet à des groupes d'individus de s'approprier de nouveaux espaces dans la cité. L'interdiction de "peindre sur les murs", le danger de se faire prendre par la police entretient la mythe de ces artistes underground.
Dès lors qu'il s'agit de rivaliser au moyen de l'image, le graf ouvre la voie à une nouvelle pratique artistique. S'y 'engouffrent toutes sortes de personnalités en mal de
reconnaissance. Elles choisissent ce mode d'expression
pour se faire connaître par des moyens non conventionnels. Une nouvelle génération
d'artistes apparaît.
Keith Haring, Jean-Michel Basquiat débutent ainsi leurs carrières d'artistes "contemporains" dans la rue et les couloirs du métro new-yorkais. Par ce moyen marginal ils vont faire connaître leurs productions artistiques. Un peu plus tard dans les années 80, des artistes utilisent la rue pour les mêmes raisons. Paella Chimicos couvre les murs de Paris de ses petites affiches, Dominique Larrivaz fait tapiner ses "filles" au Bois de Boulogne, Menager envahit la ville de l'empreinte blanche d'un corps humain en action, Miss.Tic, Jeff Aerosol et bien d'autres pratiquent le pochoir pour s'exprimer ...
